Introduction

Le modèle de membrane actuellement admis est celui de Singer et Nicolson dit de la "mosaïque fluide". Les deux concepts qui sous-tendent ce modèle sont les suivants :

  1. Les membranes sont des assemblages de molécules lipidiques (phospholipides, cholestérol) et de macromolécules protéiques (protéines, protéoglycanes, protéolipides) qui sont retenues ensemble par des interactions intermoléculaires réversibles pour former un double feuillet de lipides dans lequel sont incrutées les protéines.
  2. Les lipides et les protéines sont asymétriquement répartis sur les deux feuillets (d'où le terme mosaïque). Les lipides sont dans un état "cristal liquide" (d'où le terme fluide). Les constituants sont animés de mouvements latéraux et tranversaux qui traduisent la dynamique du système.

Toutes les membranes biologiques sont asymétriques. L'asymétrie se manifeste aussi bien au niveau de la structure (organisation spatiale des constituants) qu'au niveau de la fonction (activités catalytiques différentes sur les deux faces de la membrane).

 

Après leur synthèse au niveau du reticulum endoplasmique, les protéines destinées aux membranes sont exportées de manière ciblée (par un mécanisme appelé adressage) et sont insérées de manière asymétrique dans la membrane.
La distribution asymétrique qui en résulte persiste pour deux raisons : (1) parce que les protéines n'ont pas la liberté de traverser la membrane et de se réorienter et (2) parce que les membranes sont toujours synthétisées par croissance de membranes préexistantes.


Les lipides sont distribués asymétriquement. Leur site de biosynthèse est la couche externe de la membrane du reticulum endoplasmique. Cependant, ils peuvent se redistribuer entre les deux couches de la membrane par diffusion transversale ou mouvement flip-flop. Seuls les glycolipides ont une asymétrie absolue : ils sont insérés dans une des couches de la membrane et ils y restent.

1.Topographie et dynamique des lipides membranaires

1.1 Polymorphisme des associations de phospholipides en milieu aqueux

Structure spatiale des phospholipides

Les phospholipides sont des composés amphiphiles qui possèdent une tête polaire et deux queues hydrophobes.

L'encombrement stérique relatif de la tête polaire par rapport à la partie hydrophobe permet d'imaginer differents types de structure.

L'insaturation de la chaîne paraffinique (qui introduit une courbure dans la chaîne) ainsi que le degré d'hydratation de la partie polaire sont des facteurs déterminants. Par exemple, la couche d'hydratation de la tête polaire de la phosphatidylcholine est constituée par environ 20 molécules d'eau alors que celle de la phosphatidyléthanolamine n'en comporte que 5. La phosphatidylethanolamine adopte une configuration en cylindre (encombrement stérique de la tête polaire comparable à celui de la queue hydrophobe) alors que la phosphatidylcholine adopte une configuration en cône inversé.

L'élimination d'une chaîne hydrophobe, comme c'est le cas dans la forme lyso, se répercute bien évidemment sur la forme du phospholipide : la lysophosphatidyléthanolamine aura une configuration en cône.

Lipide ayant une seule queue hydrophobe et une grosse tête polaire.
exemple : lysophosphatidylcholine

Lipide ayant une seule queue hydrophobe et une petite tête polaire.
exemple : lipide non ionique

Lipide avec 2 queues hydrophobes, une grosse tête polaire et des chaînes fluides.
exemples : phosphatidylcholine, phosphatidylsérine , phosphatidylglycérol , phosphatidylinositol , sphingomyéline
Lipide avec 2 queues hydrophobes, une petite tête polaire.
exemples : phosphatidylethanolamine , phosphatidylsérine + Ca++
Lipide avec 2 queues hydrophobes, une petite tête polaire, lipides non ioniques,queues hydrophobes poly(cis)insaturées.
exemples : phosphatidylethanolamine insaturée, acide phosphatidique + Ca++ , cholestérol

cône

cône tronqué cône tronqué cylindre

Structure des associations de phospholipides

En fonction de leurs structures spatiales, les phospholipides vont s'associer en différents types d'organisation. Les types les plus courants seront : une organisation lamellaire en bicouches (notée La , L alpha), une organisation en micelles cylindriques (notée HI ), une organisation en micelles cylindriques inverses regroupées avec une symétrie hexagonale (notée HII ).

Micelle sphérique Micelle cylindrique Bicouche flexible
Vésicules
Bicouche plane Micelles cylindriques inversées
Organisation en phases hexagonales

 

Pour un lipide donné, la structure adoptée dépend de deux paramètres : la teneur en eau du mélange (% lipide /eau) et la température.
Un diagramme de phase permet de visualiser les différents domaines d'existence des phases.

H : phase hexagonale ; L : phase lamellaire ; P : lamellaire ridé ; Q : phase cubique.

Selon la nature du phospholipide, donc selon sa structure spatiale, à la température de 37°C et à une teneur en eau assez élévée (ce qui correspond aux conditions physiologiques des mammifères), un phospholipide conduira à une organisation associative pour donner une supra-structure déterminée.

Techniques permettant la mise en évidence des structures spatiales

Il s'agit de méthodes physiques telles que la diffraction des rayons X, la diffraction neutronique, la RMN du phosphore-31, la microscopie électronique après cryofracture.

1.2. Asymétrie des lipides membranaires

Le principe de base dans l'étude de la distribution transversale (appartenance au feuillet externe ou au feuillet interne de la bicouche) des lipides est simple. Les phospholipides, qui sont marqués par une sonde (un marqueur chimique coloré, fluorescent ou radioactif) qui ne traverse pas la membrane, ont nécessairement leur tête polaire située sur la couche externe de la membrane. Inversement les lipides qui seront marqués seulement après perméabilisation de la membrane, sont situés dans la couche interne de la membrane.

Ceci implique que :

Mise en évidence de la distribution des lipides dans les deux feuillets

L'étude de la distribution des lipides sur les 2 feuillets de la membrane peut se faire en utilisant des marqueurs chimiques des phospholipides ou en traitant les membranes ou les vésicules membranaires par des enzymes : phospholipases, protéines de transfert des phospholipides ou mise en évidence d'une activité prothrombinase

Les sondes chimiques utilisées correspondent essentiellement à des marqueurs de la fonction amine capables de réagir avec des phospholipides aminés, c'est à dire la phosphatidyléthanolamine (PE) et le phosphatidylsérine (PS).

Le trinitrobenzène sulfonate (TNBS), appelé encore picryl sulfonate, forme un produit stable et coloré en jaune après réaction avec les fonctions amine. La fluorescamine peut être utilisée de la même façon en donnant un marquage fluorescent.

Comment marquer les membranes avec le TNBS ?

  1. Préparer les vésicules membranaires (microsomes) dans un tampon qui ne contient pas d'amines.
  2. Incuber les microsomes (5mg proteines / mL) avec 3 mM de TNBS
  3. Stopper la réaction avec l'acide trichloracétique (TCA) 10%. Sédimenter les microsomes dénaturés. Laver le culot à l'eau distillée ou avec un tampon.
  4. Extraire les lipides et séparer les phospholipides par CCM en simple dimension (dépôt en bande) ou en double dimension.
  5. Entourer les bandes de TNP-phospholipides au crayon avant la révélation à la vapeur d'iode et /ou à la ninhydrine (0.25% , chauffage 110°C).
  6. Gratter TNP-phosphatidyléthanolamine et TNP-phosphatidylsérine. Doser le phosphore pour quantifier.

Contrôles :

  • Dosage des phospholipides aminés totaux dans les microsomes (non marqués au TNBS)
  • Vérification de l'intégrité des vésicules
  • Les expériences doivent être faites avec des vésicules ouvertes ou perméabilisées pour contrôler que la réactivité du TNBS n'est pas un facteur limitant : le TNBS doit marquer tous les phospholipides aminés.

L'éthylacetimidate (marqué au carbone-14) est également un réactif qui réagit avec les groupes aminés et qui est impénétrant alors que le dérivé isothionylacetimidate réagit lui aussi avec les groupes aminés libres mais il est pénétrant.
La comparaison des marquages obtenus avec les 2 composés permet de définir la localisation des phospholipides dans les couches de la membrane.

L'action de différentes phospholipases sur les lipides membranaires permet également d'étudier la disposition dans les feuillets de la bicouche. Les phospholipases disponibles commercialement ont des sites de coupure précis.
Ces phospholipases sont la phospholipase A1, la phospholipase A2, la phospholipase C, la phospholipase D, la sphingomyélinase et une phospholipase C spécifique du phosphatidylinositol.

Comment réaliser les expériences de coupure de phospholipides avec une phospholipase ?

Les expériences avec les phospholipases impliquent les étapes suivantes :

  1. Incubation des vésicules membranaires (5 mg de protéines/ mL) avec une phospholipase
  2. Extraction des lipides
  3. Séparation des phospholipides par chromatographie sur couche mince et dosage des différents phospholipides (par dosage du phosphore)
  4. Calcul de la quantité de phospholipide hydrolysé ( c'est à dire attaqué par la phospholipase) et comparaison avec la quantité totale mesurée dans la membrane non traitée par la phospholipase.

Contrôles :

  • Il est nécessaire de montrer que les vésicules restent fermées pendant le traitement.
  • Il est indispensable de démontrer, en utilisant des vésicules ouvertes, que l'absence de réaction d'hydrolyse n'est pas due à un problème de spécificité de la phospholipase.

 


Méthode spécifique pour étudier la distribution de la phosphatidylsérine

La phosphatidylsérine membranaire peut agir comme activateur de la "cascade de coagulation".

La "cascade de coagulation" est une série de réactions qui impliquent de nombreux facteurs. Dans les dernières étapes de la cascade enzymatique, la prothrombine est transformée en thrombine. La thrombine formée catalyse la transformation du fibrinogène en fibrine. Les molécules de fibrine s'associent pour former un caillot. In vivo, le transfert de la phosphatidylsérine dans la couche externe de la membrane des plaquettes provoque une activation de la thrombine, c'est à dire catalyse la réaction prothrombine => thrombine .
Dans des conditions expérimentales où tous les réactifs sont présents en excès, il existe une relation de proportionnalité entre l'activité de la thrombine et la quantité de PS exposée à l'extérieur de la membrane. La thrombine formée peut être dosée par colorimétrie.

La quantité totale de phosphatidylsérine membranaire est dosée (par dosage du phosphore) après extraction et séparation des phospholipides par chromatographie sur couche mince. La quantité de phosphatidylsérine exposée sur la face externe de la membrane est estimée à partir de la quantité de thrombine formée.



Le cholestérol membranaire

La quantité de cholestérol dans le feuillet externe d'une bicouche d'une membrane cellulaire ou d'une vésicule membranaire est déterminée en étudiant l'accessibilité des molécules de cholestérol à l'enzyme cholestérol oxydase. Le cholestérol est transformé enzymatiquement en cholesténone qui absorbe à 235 nm. Les différentes études conduites sur les membranes ont montré que la quasi totalité du cholestérol est accessible à l'enzyme (90% du cholestérol est oxydé). Le cholestérol est donc principalement présent sur la face externe des membranes cellulaires. Cependant, le cholestérol est capable de migrer rapidement d'un feuillet à l'autre ( la demi-vie est inférieure à 1 min).

Les protéines d'échange des phospholipides (PEPL) catalysent l'échange 1 pour 1 des molécules de phospholipides entre 2 membranes. Cet échange concerne les phospholipides de la couche externe de la membrane et l'échange n'affecte pas l'intégrité de la membrane. Les PEPL sont classées selon leur spécificité :


Comment déterminer la distribution transverale d'un phospholipide en utilisant une PEPL ?

Les lipides membranaires sont marqués in vivo par injection chez l'animal d'un précurseur radioactif (3H-glycerol , 3H-choline, 3H-oléate...). Les liposomes (SUV) fabriqués par exemple à partir d'un mélange de phosphatidylcholine et d'acide phosphatidique(98 : 1 , p/p) sont souvent utilisés comme membranes réceptrices.

On admet que dans le SUV les 2/3 de PC sont dans le feuillet externe.

On peut calculer le pool PC échangeable de la membrane :

dpm transferrés = {PC lipo / (PC lipo + PC donneur)} x (PC out / PC donneur) x dpm total

PC lipo est le pool PC échangeable dans les liposomes (soit 2/3 de PC total du liposome).
PC donneur est le pool PC total de la membrane.
PC out est le pool PC de la membrane qui est échangeable (celui du feuillet externe).
dpm transférés est le comptage dans l'accepteur à la fin de l'incubation.
dpm total est le comptage initial du donneur

1.3. Dynamique des lipides membranaires

Les mouvements des lipides dans la membrane

L'origine de l'asymétrie repose sur la biosynthèse vectorielle des lipides. Les lipides sont synthétisés, étape par étape, dans le reticulum endoplasmique par des enzymes localisées du côté cytosolique de la membrane. D'abord 2 acides gras activés, enchassés dans le feuillet externe de la membrane, sont attachés au glycérol phosphate puis la tête polaire est accrochée. Donc, tous les lipides synthétisés sont initialement insérés dans le feuillet externe des membranes du reticulum endoplasmique.
Néanmoins, on constate une diffusion transversale rapide des lipides entre les 2 feuillets de la membrane du reticulum endoplasmique. Cette diffusion est rendue possible par l'existence d'enzymes capables de transporter des phospholipides. Ces enzymes sont appelées "flippase".

Une flippase permet le passage d'un phospholipide d'un feuillet à l'autre de la membrane.

Les flippases sont des ATPases. Une flippase spécifique pour la phosphatidylsérine est présente dans la membrane des erythrocytes. Elle ne fonctionne qu'en présence d'ATP, est activée par les ions Mg++, est inhibée par les réactifs des thiol (N-ethylmaleimide).


Le transport intracellulaire des lipides est très complexe. Il y a des mouvements à travers les membranes et des tranferts entre différentes membranes dans les 2 sens : des membranes du reticulum endoplasmique à la membrane plasmique et inversement.

Le transport des lipides met en jeu 3 types de processus.

  1. Le mouvement transversal des lipides du feuillet externe vers le feuillet interne de la membrane du reticulum endoplasmique (flippases)
  2. Les échanges de lipides entre 2 membranes de deux cellules adjacentes. Dans ce cadre 3 mécanismes différents peuvent intervenir : (1) transfert par l'intermédiaire d'une vésicule membranaire, (2) échange catalysé par les proteines d'échange des phospholipides (PEPL) , (3) transfert par fusion de membrane.
  3. Mouvement des aminophospholidides de la membrane plasmique catalysée par un transporteur dépendant de l'ATP (flippases).

Mise en évidence des mouvements transversaux (mouvements flip-flop)

Si les vitesses de diffusion transversale des lipides sont faibles dans les membranes qui ne sont pas le siège de synthèse lipidique (exemple dans la membrane des érytrocytes), elles sont beaucoup plus importantes dans les membranes qui synthétisent les lipides (reticulum endoplasmique).

Le principe de la mesure du transfert est simple : les lipides d'un feuillet sont marqués (marquage radioactif, marqueurs de spin ou marqueurs fluorescents) ; le transfert des lipides marqués d'un feuillet à l'autre est déterminé par une technique appropriée.

La résonance paramagnétique électronique (RPE) est une des techniques utilisées pour mettre en évidence les mouvements flip-flop des lipides. Il est nécessaire de greffer des molécules paramagnétiques (marqueurs de spin) sur les lipides membranaires. Une molécule paramagnétique possède un électron non apparié. Les molécules fréquemment utilisées possèdent des radicaux nitroxyde. On greffe la molécule sur un lipide.

Quel est le principe des mesures de résonance paramagnétique électronique ?

En présence d'un champ magnétique externe, le moment magnétique peut prendre 2 orientations possibles, correspondant aux 2 états de spin (+1/2 et -1/2). Les 2 états ont des énergies différentes et on peut passer d' un état à l'autre avec une radiation électromagnétique (hu) correspond à l'énergie de transition.

Les spectres d'absorption obtenus donne des renseignements sur les mouvements et l'environnement de la sonde.

Les dérivés nitroxyde présentent 3 pics dus à l'interaction entre le spin de l'électron célibataire et le spin du noyau de l'azote.


Comment mettre en évidence le mouvement transmembranaire d'un lipide à l'aide de la résonance paramagnétique électronique ?

Cette expérience décrit la mise en évidence d'un mouvement flip-flop naturel (non médié enzymatiquement) dans des liposomes.

Les liposomes sont marqués par un radical nitroxyde pendant leur préparation.

L'addition d'un réducteur non pénétrant (ascorbate) provoque un quenching de 50% du signal (le marquage du feuillet externe est supprimé).

L'incubation à 37°C pendant un temps suffisamment long permet un mouvement de migration des phospholides marqués du feuillet interne vers le feuillet externe.

L'addition du réducteur permet de diminuer à nouveau le signal.

Si l'opération est répétée plusieurs fois, c'est l'ensemble du signal RPE qui sera supprimé.


Comment mettre en évidence le mouvement transmembranaire d'un lipide à l'aide des protéines échangeuses de phospholipides (PEPL) ?

 

Etape 1
On prépare des liposomes possédant un type de phospholipide marqué

Etape2
On incube les liposomes marqués avec des membranes en présence de protéine d'échange de phospholipide (PEPL).

La protéine catalyse un échange 1 pour 1 entre les liposomes et le feuillet externe de la membrane.


Etape 3
Les phospholipides marqués de la face externe vont migrer vers la face interne

 

 

Etape 4
L'action ménagée d'une phospholipase A2 permet d'hydrolyser les phospholipides de la couche externe sans toucher ceux de la phase interne.

Etape5
Les lipides sont extraits, séparés par chromatographie sur couche mince (CCM) et dosés.

On effectue des dosages comparatifs avant action de la phospholipase et après action de la phospholipase.

 

Mise en évidence des mouvements latéraux

Les lipides diffusent rapidement dans le plan de la membrane selon un processus appelé diffusion latérale.
La principale méthode permettant de déterminer les coefficients de diffusion des lipides dans le plan de la membrane est une méthode de fluorescence : la FRAP (Fluorescence Recovery After Photobleaching).

Cette technique nécessite l'incorporation d'un fluorophore dans la membrane et l'utilisation de cellules ou d'organites de taille importante car la détection de fluorescence se fait à l'aide d'un microscope de fluorescence après fixation de la cellule sur une lame de microscope.


Une petite surface (diamètre environ 1µm) est décolorée (bleached) par un faisceau laser intense (le fluorophore est détruit par la lumière intense). La fluorescence se manifeste à nouveau en fonction du temps dans la zone étudiée du fait de la migration latérale des lipides marqués par le fluorophore.
Le coefficient de diffusion est inversement proportionnel au t 1/2 de la récupération de fluorescence.

 

1.4. Fluidité membranaire

Comportement thermique des lipides membranaires

Il existe une grande différence d'énergie entre l'interaction entre les têtes polaires entre-elles et l'interaction des chaînes hydrocarbonées entre-elles. Quand on élève la température, les interactions entre les chaînes hydrocarbonées hydrophobes sont rompues bien avant celles qui existent entre les têtes polaires. Les interactions entre têtes polaires se font avec une énergie plus forte que celles des chaînes paraffiniques : liaisons électrostatiques et liaisons hydrogène.
Il n'y a pas de changement brutal solide-liquide mais une série de transitions dans l'architecture des associations moléculaires.

La calorimétrie différentielle permet de mesurer les températures des transition ainsi que les quantités de chaleur mises en jeu.

La température de transition de phase (Tfusion) dépend de 3 facteurs principaux :

  • la longueur de la chaîne hydrocarbonée (plus la chaîne est longue, plus la température est élevée)
  • le degré d'insaturation (plus la chaîne est insaturée, plus la température est basse)
  • la nature des têtes polaires (plus l'encombrement stérique est faible, plus la température est élevée).

La fluidité de la membrane

La fluidité est le reflet des possibilités de mouvement des constituants de la membrane (lipides et protéines) dans le plan de la membrane.

Les interactions entre les molécules de lipides déterminent le degré de liberté de mouvement de chacune des molécules.

 

 

La présence d' une double liaison augmente la liberté de mouvement de la chaîne.
La présence de cholestérol a un effet inverse : les chaînes sont rigidifiées à cause des interactions hydrophobes entre les chaînes paraffiniques et les cycles du cholestérol.

Une définition précise du concept "fluidité" dans un milieu hétérogène comme l'est la membrane n'est pas possible. On se contente de représenter expérimentalement la fluidité par la mesure d'un paramètre physique qui peut lui être associé.

Deux types de techniques physiques sont utilisées pour accéder aux paramètres liés à la fluidité. Il s'agit de l'étude de la dépolarisation de fluorescence et l'étude des spectres de résonance paramagnétique électronique.

Quel est le principe de la mesure de viscosité du milieu par dépolarisation de fluorescence ?

Si on envoie une lumière polarisée sur un ensemble de molécules, l'absorption optimale de la lumière sera pour les molécules dont le moment dipolaire est parallèle au plan de polarisation du rayonnement (photosélection). Seules ces molécules seront excitées. Les molécules excitées vont se désexciter en émettant un rayonnement de fluorescence. On mesure l'intensité du rayonnement émis dans 2 directions perpendiculaires à la direction du faisceau incident (I parallèle et I perpendiculaire). Selon la viscosité du milieu, on obtiendra un rapport différent entre ces 2 grandeurs .

Si le milieu est fluide: I parallèle = I perpendiculaire. Si le milieu est visqueux : I parallèle >I perpendiculaire.


Comment mesure-t-on la polarisation de fluorescence ?

Comment estimer la fluidité par mesure de la dépolarisation de fluorescence ?

Première étape :

On marque certains phospholipides de la membrane par des composés fluorophores.

 

Deuxième étape :

On détermine le coefficient d'anisotropie r à partir des mesures d'intensité de fluorescence dans les 2 directions : I parallèle et I perpendiculaire.

La décroissance de r en fonction du temps sera d'autant plus faible que le milieu est visqueux.

2. Topographie et dynamique des protéines membranaires

La surface de la membrane ressemble à une mosaïque. Les protéines sont dispersées dans une matrice de lipides. La répartition des lipides et des protéines ne tient pas du hasard. Les protéines sont souvent entrourées de lipides spécifiques et les lipides sont souvent regroupés en domaines lipidiques.

2.1. Les différentes classes de protéines membranaires

Une membrane contient de nombreuses protéines différentes (de 12 à 50). Les protéines ne sont pas distribuées au hasard dans la bicouche mais occupent des positions déterminées.

Les protéines membranaires sont disposées de manière asymétrique dans la bicouche.


L'intégration des protéines dans la bicouche peut prendre différentes formes.

Pour prédire, à partir de la séquence de la protéine, les fragments hydrophobes des protéines qui pourront constituer la partie enchassée dans la membrane, on a défini une échelle d'hydrophobicité.

2.2. Techniques de mise en évidence de l'orientation des protéines dans la membrane

Pour déterminer expérimentalement l'orientation d'une protéine dans la membrane, on traite la membrane par un agent non pénétrant (enzyme ou marqueur chimique coloré, fluorescent ou radioactif) qui modifie les protéines.

Comment montrer la distribution des protéines sur la face externe de la membrane plasmique à l'aide d'une protéase ?

Dans l'exemple traité, seules 4 protéines sont considérées. Parmi les 4, il y a une glycoprotéine. Après électrophorèse sur gel de polyacrylamide et révélation au bleu de Coomassie, on détecte les 4 protéines. Après coloration avec formation d'une base de Schiff, on détecte la partie glucidique de la glycoprotéine.

La protéase utilisée est la trypsine (enzyme non pénétrante).
Après attaque à la trypsine, la migration des protéines traitées au SDS sur PAGE est modifiée. Les protéines partiellement hydrolysées ont une masse molaire plus faible, elles migrent donc davantage (déplacement vers la droite sur le schéma des résultats de l'électrophorèse).

Etape 1: Témoin : membrane non traitée

Etape 2 : Cellule traitée par la trypsine
La trysine attaque uniquement les parties des protéines accessibles depuis l'extérieur de la cellule

Etape 3 : Cellule perméabilisée traitée par la trypsine
La trypsine attaque les protéines aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur de la cellule.

Les techniques microscopiques de cryodécapage permettent de visualiser après ombrage la surface de la membrane. On peut identifier les zones occupées par les protéines à partir de l'image de la surface membranaire.

2.4. Dynamique des protéines membranaires

Il n'a pas été démontré que les protéines pouvaient basculer par un mouvement flip-flop dans l'épaisseur de la membrane. Les contraintes énergétiques pour un tel mouvement sont beaucoup trop importantes. Seuls les mouvements latéraux de diffusion dans le plan de la membrane sont possibles.

Etude des mouvements latéraux

Les protéines, tout comme les lipides sont mobiles dans le plan de la membrane (diffusion latérale). La mise en évidence des mouvements latéraux se fait la technique de FRAP comme cela a été décrit pour les lipides.

Les mouvements des protéines dans la membrane (ouverture et fermeture des canaux)

La dynamique des protéines n'est pas exclusivement représentée par des mouvements de déplacement latéral dans la matrice lipidique mais elle aussi illustrée par les changements conformationnels importants associés au fonctionnement des systèmes, par exemple l'ouverture et la fermeture des canaux.