1- Nature de l'état colloïdal


Qu'y a-t-il de commun entre la bière, le lait, une crème à raser et une peinture ?
Ce sont des colloïdes.
Tous ces produits sont constitués de petites particules (de quelques nanomètres  à quelques micromètres) en suspension plus ou moins uniforme dans un milieu dispersant de nature différente. Les colloïdes sont soit des macromolécules (protéines par exemple) soit des agrégats de petites molécules (micelles de savon ou particules d'or par exemple). Dans un système colloïdal, les particules dispersées sont de taille très grande par rapport à la taille des molécules du solvant ou plus généralement de la phase dispersante.
Le "milieu dispersant" est une phase continue alors que les " particules " dispersées constituent la phase discontinue.
La phase continue peut être un gaz, un liquide ou un solide. La phase discontinue peut être un gaz, un solide ou un liquide.

1.1. Les classifications possibles des colloïdes :

Les systèmes colloïdaux peuvent être classés selon différents paramètres : l'état physique des phases (solide, liquide, gaz), leur "affinité" respective ou la taille des particules dispersées

1. 1.1. Les différents types de dispersion colloïdale suivant la nature des phases

PHASE

DISPERSANTE

PHASE DISPERSEE

 

SOLIDE

LIQUIDE

GAZ

SOLIDE

Suspension solide

Chocolat, verres colorés (vitraux), alliages

Gel

Crème glacée, flans, gélatine

Mousse solideeousse

Pierre ponce, mousse d'isolation

LIQUIDE

Sol ou Sol colloïdal

Solutions de protéines,Lait, Peinture

 

Emulsion

Mayonnaise, Beurre, Crème

 

Mousse

Crème fouettée, Mousse de bière, Mousse de savon

GAZ

Aérosol

Fumée, Produits phytosanitaires, Poussières volcaniques, Vent de sable

Aérosol

Spray (parfums), Brouillard

 

 


1.1.2. Les différents types de dispersion colloïdale suivant l'affinité des phases l'une pour l'autre

Les colloïdes peuvent également être classés par rapport à leur comportement vis à vis du solvant.
Sur cette base de classification, on distingue :

  • Les colloïdes lyophiles "  qui aiment le solvant " appelés aussi colloïdes macromoléculaires (exemples :  gélatine, albumine). Les propriétés des colloïdes macromoléculaires varient peu avec la température ou la dilution. Lorsque la phase dispersante est l’eau, on parle de colloïde hydrophiles.
  • Les colloïdes lyophobes "qui n'aiment pas le solvant" appelés aussi colloïdes micellaires (exemples : savons, détergents, lécithines). Ils sont constitués d’agrégats de petites molécules. Les caractéristiques de ces colloïdes sont très sensibles à la température et à la dilution. Lorsque la phase dispersante est l’eau, on parle de colloïdes hydrophobes.

1.1.3. Les différents types de dispersion colloïdale suivant la forme des particules dispersées

  • Les sphérocolloïdes ont une morphologie compacte et globulaire (exemple: albumine).
  • Les colloïdes linéaires ont la forme de fibres (exemples: collagène, cellulose).

1.2. La stabilité des sols colloïdaux :

La stabilité d'un système colloïdal, qu’il soit hydrophile ou hydrophobe, repose principalement sur ses charges de surface. Toutefois, la stabilité est différente dans les deux cas.  Une faible quantité d’électrolyte ajouté, qui dans les deux cas amincit la double couche, fait floculer les sols hydrophobes mais est sans effet sur les sols hydrophiles.

Un sol dans lequel les particules restent séparées les unes des autres (au moins sur plusieurs jours à température ambiante) est dit stable. Pour les colloïdes lyophiles(hydrophile) la stabilité résulte du fait d’une stabilité thermodynamique (l'énergie libre minimale pour les composés). Un tel sol est stable indéfiniment.

Les colloïdes hydrophiles sont fortement solvatés. Les groupements chimiques ionisés (groupe alcool, amine, acide…) à la surface vont créer des liaison hydrogène avec les molécules d’eau. La couche résultante s’oppose au rapprochement des particules et va être un facteur stabilisant.

Pour un colloïde lyophobe (hydrophobe), il existe toujours des forces d’attraction entre les particules (forces de Van der Waals) de sorte que si ces forces l’emportent sur le mouvement brownien, les particules s’agrègent pour former des floculats (phénomène de floculation). C’est un colloïde thermodynamiquement instable. Si la valeur d’énergie potentielle D (delta) est supérieure à l’énergie cinétique (égale à 3/2kT) le sol hydrophobe est stable. Sans le cas inverse, il est instable.

2- Quelques propriétés des sols


2.1. Diffusion de la lumière

Les colloïdes diffusent et reflètent la lumière. Selon la taille des particules on observera une opalescence de la suspension associée à un Effet Tyndall (teinte bleuâtre, orangée par transparence) ou une franche turbidité du milieu.

2.2. Séparation des phases d'un sol :

Différentes méthodes sont utilisables :

  • la dialyse ou électrodialyse si le sol est chargé électriquement
  • la centrifugation ou ultracentrifugation selon la taille des particules
  • la filtration sur gel
  • l'électrophorèse
  • la coagulation qui consiste à déstabiliser les sols en éliminant la charge électrostatique de manière à favoriser la rencontre des particules.

3- Les émulsions

Une émulsion est une dispersion d'un liquide dans un autre liquide non miscible.
La formation de l'émulsion peut se faire par agitation mécanique.L'énergie interfaciale est importante (voir la notion de tension superficielle). Cette énergie peut être considérablement diminuée en présence d'un surfactant qui agira comme dispersant ou comme agent stabilisant.

Lorsque l'émulsion est faite de toutes petites gouttelettes (10 nm), on parle de microémulsions.

4- Les Surfactants ou Agents de surface ou Tensioactifs

Il s'agit d'une classe de molécules qui ont la caractéristique d'être amphiphiles. La molécule possède une partie polaire hydrophile et une partie non polaire hydrophobe.

Selon les conditions d'expériences (température, concentration en surfactant, force ionique du milieu...) et le type d'interfaces mis en oeuvre, les amphipiles donnent des structures diverses.

A très faible concentration, les surfactants forment des solutions vraies. Puis, quand la concentration augmente, un certain nombre de molécules commencent à s'adsorber préférentiellement sur toutes les surfaces disponibles du récipient qui est utilisé pour faire le mélange. Quand la concentration augmente encore, les surfaces sont couvertes d'une monocouche. A partir de cette limite de concentration, les molécules s'agrégent en micelles (structures qui contiennent de 50 à 100 molécules).

La limite inférieure de concentration du surfactant pour laquelle on aboutit à la formation de micelles s'appelle : la concentration micellaire critique(CMC).
Un certain nombre de propriétés physiques changent brutalement à ce stade (par exemple la conductivité de la solution)

La CMC dépend de la température et dans le cas des molécules amphiphiles chargées, du pH et de la force ionique .

Tensioactif

CMC (M)

CH3-(CH2 )6 COO Na

0.37

CH3-(CH2 )7 –O-SO3 Na

0.14

CH3-(CH2 )8 –O-SO3 Na

0.085

CH3-(CH2 )9 –O-SO3 Na

0.038

CH3-(CH2 )11 –O-SO3 Na

0.0077

 

 

 

 


Plus la partie hydrophobe est importante, moins la CMC est élevée.
Les composés possédant des groupes très fortement polaires ont des CMC importantes.

Deux conséquences importantes de la formation des micelles :

- Une conséquences importante de la formation de micelles est la possibilité de piéger un lipide dans la partie hydrophobe du micelle. L'application directe de cette propriété est l'utilisation des détergents pour laver les objets gras.

- La deuxième conséquence est la capacité du tensioactif de s'adsorber à linterface huile -eau d'une gouttelette huileuse et de stabiliser ainsi les émulsions huile /eau (H/E)

5- Les différents modèles d’organisation des amphiphiles dans l’eau : exemple des phospholipides

Une des caractéristiques essentielles des systèmes amphiphile-eau est de présenter une surface de contact considérable entre les surfaces des structures formées et l'eau du milieu dispersant.

Par exemple, 1 mol de phospholipide (800g) peut couvrir une surface de plusieurs dizaines d’hectares en créant une couche monomoléculaire d'une épaisseur de 5 nm

Selon la nature de leur tête polaire et de leurs chaînes aliphatiques, les phospholipides forment avec l’eau des structures variées.

La solubilité des phospholipides dans l’eau est très faible : elle ne dépasse pas 10-10 mol/L.

Au-delà de cette concentration qui est spécifique pour chaque phospholipide, il se forme des agrégats, entre autre des micelles organisés de façon à hydrater les têtes polaires tout en rassemblant les chaînes hydrophobes pour diminuer au maximum les contacts avec l’eau.

Ces structures ne peuvent être obtenues qu'à des températures supérieures à la T de transition du lipide (passage gel <=> liquide cristal).

5-1 Influence de la géométrie du phospholipide sur la structure adoptée dans l'eau

La géométrie de la molécule joue un rôle clé sur la structure adoptée

Selon l'encombrement relatif des têtes polaires par rapport aux queues hydrophobes, on schématise les structures du surfactant par des formes géométriques simples :

  • en cône
  • en cône inversé
  • en cylindre

On obtiendra ainsi :

  • une micelle à partir de molécules en forme de cônes
  • une micelle inverse à partir de molécules en forme de cônes inversés
  • un liposome ou une bicouche à partir de molécules cylindiques

5-2 Influence de la concentration du lipide et de la température

On obtient un diagramme de phase quand on étudie les différents types de structures adoptés par les agrégats de phospholipides en fonction de la température et de la teneur en eau.

5-3 Les liposomes

Les dispers ions dans l'eau de phospholipides (mélange de phospholipides différents ou phospholipides de forme cylindriques) forment facilement des structures vésiculaires fermées appelées liposomes.

5-3-1 Les types de liposomes

On distingue 3 grands types de liposomes :

  • les liposomes multilamellaires MLV (multilayered vesicles), en pelure d’oignon
  • les liposomes unilamellaires : SUV (small unilamellar vesicles)
  • les grands liposomes : LUV (large unilamellar vesicles)

Il est possible par un traitement physique (traitement aux ultrasons) ou chimique de passer d'un type de liposomes à l'autre.

5-3-2 Importance des liposomes

Les liposomes ont de nombreuses applications industrielles qui vont de l'industrie des cosmétiques à la pharmacie. Ils permettent en effet de piéger des substances actives fragiles, d'un prix élevé sous une membrane protectrice de phospholipides évitant ainsi une dégradation.

Ils permettent également un ciblage de médicaments vers les zones ou organes à traiter évitant ainsi la dispersion des principes actifs dans le sang.

6- Les colloïdes utilisés dans l'industrie agroalimentaire

L'industrie agroalimentaire est un gros utilisateur de colloïdes : émulsifiants, épaississants, gélifiants...

Des produits tensioactifs (émulsifiants) ont un rôle important :

  • pour améliorer la stabilité des émulsions :
    dans les sauces de salade, margarines, produits allégés en lipides, boissons sans alcool
  • pour favoriser l’aération et le foisonnement
    dans les produits lactés, crèmes glacées, biscuiterie, pâtisserie
  • pour modifier la viscosité de certaines préparations afin d’en favoriser la faisabilité

Les principaux produits autorisés sont :

  • les mono et diglycérides d’acides gras alimentaires
  • les stéaroyllactilates
  • les esters du sorbitol
  • les esters citriques, tartriques, acétiques de mono et diglycérides d’acides gras
  • les phospholipides (lécithines)
  • les sucroglycérides

Les épaississants et gélifiants sont essentiellement des polysaccharides plus ou moins complexes. Ils améliorent la texture et la tenue des préparations. Les épaississants sont des extraits d'algues (alginate et dérivés E400-E405, Agar E406), les carraghénanes E407, les farines de graine de caroube, de tamarin, de guar(E410-E412), les gommes (E413-E415), les pectines (E440).

 

 

 

Biochimie

Structurale

et

Analytiqueã

Danielle

et

Khanh

Lê-Quôc

1999-2000